Technologie : l’UNITECH clôture son premier colloque international et invite l’État haïtien à prendre le virage de la transformation numérique

Technologie : l’UNITECH clôture son premier colloque international et invite l’État haïtien à prendre le virage de la transformation numérique

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Port-au-Prince, 31 juillet 2026 – Après deux journées d’échanges, de conférences et de réflexions stratégiques, l’Université de Technologie d’Haïti (UNITECH) a clôturé, ce jeudi 30 juillet, le premier Colloque international sur l’intelligence artificielle, la cybersécurité et la transformation numérique en Haïti, organisé à l’hôtel Montana en partenariat avec la Banque de la République d’Haïti (BRH) et le Group Croissance.

Vue de la salle Frank/ Crédit Photo : Ing. Juverson Théodore JOSEPH

Cette deuxième et dernière journée a été marquée par plusieurs conférences de haut niveau, des panels réunissant des experts nationaux et internationaux, la présentation de projets technologiques développés par les étudiants du programme DESS en Technologie de l’Information et Informatique (TII) financé par la BRH, le lancement officiel d’un laboratoire de recherche en intelligence artificielle ainsi que l’adoption de l’Acte du Colloque, véritable feuille de route destinée à encourager la transformation numérique du pays.

Construire des infrastructures numériques capables de résister aux cybermenaces

Les travaux ont débuté avec la quatrième conférence du colloque autour du thème « Construire une infrastructure résiliente : de l’architecture réseau à la cyberdéfense », animée par le vice-recteur à la recherche de l’UNITECH, Lubin G. Santana, et le Dr Ing. Bayrem Triki, intervenant en ligne depuis l’Université de Sousse, en Tunisie.

Le spécialiste tunisien a insisté sur la nécessité de développer des infrastructures numériques modernes capables de répondre aux exigences actuelles en matière de cybersécurité.

Selon lui, une véritable transformation numérique passe notamment par :

  • des infrastructures réseau performantes ;
  • des équipements spécialisés de nouvelle génération (firewalls, switches intelligents, etc.) ;
  • des spécialistes qualifiés pour administrer ces infrastructures ;
  • des systèmes de protection des données ;
  • des solutions de détection et de prévention d’intrusions (IDS/IPS) ;
  • des technologies avancées de sécurité web comme les plateformes WAF et les solutions ZTNA (Zero Trust Network Access).

Le conférencier a rappelé que les compétences humaines demeurent le premier facteur de réussite d’une stratégie numérique durable.

Le secteur financier au cœur de la transformation numérique

La matinée s’est poursuivie avec un panel stratégique consacré à la transformation numérique du secteur financier haïtien, sous la modération de l’économiste Etzer Émile.

Autour de la table figuraient notamment :

  • un représentant de Capitale Bank ;
  • Jean Marc Maignan, représentant du MTPTC ;
  • Lubin G. Santana ; vice-recteur à la recherche de l’UNITECH
  • Blaise Arbouet, expert haitiano-canadien en technologies de l’information ;
  • Valentin Karl Paul Bromont, expert franco-canadien en cybersécurité.

Les échanges ont porté sur plusieurs enjeux majeurs, tels que la démocratisation des services financiers numériques, l’inclusion financière, la bancarisation d’une plus grande partie de la population, les risques liés aux technologies financières (FinTech) et la nécessité pour l’État de mettre en place un cadre réglementaire moderne afin d’encadrer ces nouveaux services.

Les intervenants ont également appelé les jeunes à utiliser l’intelligence artificielle de manière responsable, en privilégiant une approche éthique et réfléchie.

Kesner Pharel présente la vision « IA-nomie » pour Haïti

L’un des temps forts de la journée fut la conférence de Kesner Pharel, PDG du Group Croissance, consacrée au thème :

« Quel écosystème scientifique et technologique pour accélérer la transformation numérique d’Haïti ? »

L’économiste a dressé un portrait préoccupant de l’économie nationale.

M. Kesner PHAREL, PDG du Group Croissance/ Crédit Photo : Ing. Juverson Théodore JOSEPH

Il a notamment rappelé les huit années consécutives de contraction économique négative du pays, une augmentation constante de l’inflation, une progression de la pauvreté et de l’extrême pauvreté et une croissance démographique qui accentue les défis de développement.

Face à ce constat, il estime que l’intelligence artificielle peut devenir un nouveau moteur de productivité pour Haïti, à condition de créer un véritable écosystème national de l’innovation.

Selon lui, Haïti gagnerait davantage à s’inspirer du modèle africain de transformation numérique, jugé plus adapté aux réalités du pays, plutôt que des modèles américain ou chinois.

Indice de préparation d’Haïti à l’intelligence artificielle

Il a également rappelé que selon plusieurs indicateurs internationaux, Haïti figure parmi les pays les moins préparés à l’intelligence artificielle, avec un score global de 20,06, la classant 184e au niveau mondial, et dernière de la région Amérique.

Le projet « Smart Haïti – IA-nomie 2035 »

À cette occasion, Kesner Pharel a présenté la vision « Smart Haïti / Ayiti Entèlijan – IA-nomie 2035 ».

Document résumant l’initiative « Smart HAITI / Ayiti ENTELIJAN IA-nomie 2035 »

Il définit l’IA-nomie comme un nouveau modèle économique dans lequel l’intelligence artificielle devient un facteur de production aussi important que le capital, le travail ou les infrastructures.

Le projet repose sur six piliers :

  • le développement des infrastructures numériques ;
  • une identité numérique nationale et des systèmes de paiement électroniques ;
  • le renforcement des compétences numériques ;
  • l’émergence d’une économie digitale orientée vers les technologies et les services ;
  • la création de plateformes numériques pour les services publics ;
  • un cadre juridique moderne favorisant la gouvernance numérique.

La feuille de route prévoit trois grandes étapes : les fondations, l’accélération et la consolidation, avec un projet pilote envisagé dans la ville des Cayes.

Pour réussir cette transition, Kesner Pharel estime qu’Haïti devra réunir autour d’une même vision avec les entrepreneurs, les universités, les investisseurs, le Gouvernement et les entreprises pour former l’écosystème de l’innovation.

Souveraineté numérique : un enjeu majeur pour les pays en développement

La sixième conférence du colloque était animée par Jean-François Brouillette, expert canadien en cybersécurité.

Sous le thème « Intelligence artificielle, cybersécurité et souveraineté numérique : quels défis pour les pays du tiers-monde ? », il a plaidé pour une meilleure autonomie numérique des pays du Sud.

Le spécialiste a notamment recommandé un renforcement des partenariats entre pays en développement, une diversification des infrastructures Internet et une amélioration de la connectivité nationale. Il a notamment rappelé que deux câbles sous-marins desservent actuellement Haïti et qu’il devient nécessaire d’étendre les capacités de connexion vers d’autres régions, notamment le Cap-Haïtien.

Deux projets innovants développés par les étudiants du programme DESS

Des étudiants de la première cohorte du programme TIC-HAITI-BRH pour l’UNITECH ont ensuite présenté deux projets technologiques.

Le premier, EduSys, porté par Jameson Innocent (étudiant en reseau) et l’équipe TechIzi, est une plateforme de gestion scolaire permettant aux établissements de gérer les élèves, les notes, les bulletins et plusieurs autres processus administratifs.

Ing. Jameson INNOCENT, étudiant finissant en Administration des Réseaux au programme DESS financé par la BRH, porteur du projet EduSys / Crédit Photo : Ing. Juverson Théodore JOSEPH

Le second projet, OKDoc, développé par Nicodème Laurore et Yousenie Dorsainvil, étudiants en Gestion de Projet Informatique, proposent une plateforme numérique de santé destinée à faciliter l’accès aux soins et aux médicaments en Haïti.

Les ingénieurs Nicodème LAURORE et Yousenie DORSAINVIL, étudiants finissants en Gestion de projet informatique, porteurs du projet OKDoc/ Crédit Photo : Ing. Juverson Théodore JOSEPH

Ces deux initiatives illustrent les retombées concrètes du programme de formation financé par la BRH.

Lancement du laboratoire Lab-CIAR

L’UNITECH a également procédé au lancement officiel de son laboratoire de recherche en intelligence artificielle, cybersécurité et résilience numérique baptisé Lab-CIAR.

M. Lubin G. SANTANA, Vice-recteur à la recherche de l’UNITECH/ Crédit Photo : Ing. Juverson Théodore JOSEPH

Présenté par le vice-recteur Lubin G. Santana, ce laboratoire s’articulera autour de quatre axes, la recherche et l’innovation, la sécurité et la résilience numériques, la formation des compétences et les partenariats scientifiques et l’impact socio-économique.

Il a invité les jeunes à rejoindre cette intiative et faire profiter au pays le fruit de leurs travaux de recherche.

La BRH réaffirme son engagement

Au moment de la clôture, Jerry Jacquet, représentant du gouverneur de la BRH, Ronald Gabriel a rappelé les nombreuses initiatives mises en œuvre par la Banque centrale pour accompagner la modernisation du secteur financier.

M. Jerry Jacquet, représentant du Gouverneur de la BRH / Crédit Photo : Ing. Juverson Théodore JOSEPH

Il a notamment évoqué le programme TIC-HAITI-BRH développé avec quatre universités haïtiennes, dont l’UNITECH, la tenue la semaine dernière de la 2e édition des Journées scientifiques du Fonds BRH pour la Recherche et le Développement, dont le thème portait sur la nécessité d’utiliser les connaissances scientifiques et d’exploiter les travaux de recherche en Haiti, les projets de digitalisation de paiements pour le secteur informel avec des initiatives pilotes lancées à Pétion-Ville, aux Cayes et au Cap-Haïtien, et les travaux visant à développer les paiements instantanés et l’interopérabilité bancaire.

Le représentant de la BRH a également encouragé les finissants à poursuivre leur apprentissage grâce aux certifications internationales, aux stages, au bénévolat et au réseautage professionnel.

Il a rappelé que la Banque centrale avait amorcé son processus de modernisation technologique dès 1996, sous la gouvernance de Leslie Delatour, avec l’informatisation progressive de ses opérations.

Le MTPTC plaide pour un cadre juridique moderne et une stratégie nationale de cybersécurité

Prenant également la parole lors de la cérémonie de clôture, le représentant du ministère des Travaux publics, Transports et Communications (MTPTC), Jean Marc Maignan, a insisté sur la nécessité pour Haïti de se doter d’un cadre juridique moderne afin d’accompagner sa transformation numérique.

M. Jean Marie Maignan, représentant du ministre du MTPTC/ Crédit Photo : Ing. Juverson Théodore JOSEPH

Il a également plaidé en faveur de l’élaboration d’une stratégie nationale de cybersécurité capable de protéger les infrastructures critiques et les données du pays. Enfin, il a souligné l’importance de renforcer les partenariats entre les institutions publiques, les universités, le secteur privé et les partenaires techniques et financiers, estimant qu’une collaboration étroite entre toutes les parties prenantes est indispensable pour réussir la transition numérique d’Haïti et relever les défis liés aux nouvelles technologies.

Un appel à l’État haïtien

Le recteur de l’UNITECH, Dr Josselin Val, a clôturé les travaux en annonçant la publication officielle de l’Acte du Colloque, document qui rassemble une dizaine d’orientations stratégiques issues des deux journées de réflexion, pour accélérer la transformation numérique en Haïti.

Dr. Josselin Val, Recteur de l’UNITECH/ Crédit Photo : Ing. Juverson Théodore JOSEPH

Parmi les principales recommandations figurent :

  • Élaborer une stratégie nationale du numérique ;
  • Mettre en place une gouvernance inclusive ;
  • Conclure un Pacte national « SMART HAITI » ;
  • Renforcer les laboratoires, incubateurs et partenariats en recherche ;
  • Investir dans les infrastructures numériques, le cloud, l’IA et la cybersécurité
  • Promouvoir l’inclusion numérique et une charte nationale d’éthique de l’IA
  • Moderniser les services publics ;
  • Soutenir la formation des jeunes aux métiers du numérique ;
  • Institutionnaliser le colloque de l’UNITECH comme rendez-vous scientifique annuel ;

Le recteur a lancé un appel direct aux autorités haïtiennes afin qu’elles fassent de la transformation numérique une priorité nationale.

Selon lui, Haïti accuse un retard technologique estimé à sept décennies et ne peut se permettre de manquer la révolution de l’intelligence artificielle après avoir déjà raté plusieurs grandes transformations technologiques dans son histoire.

Toutefois l’absence de représentants du gouvernement central a été constaté, alors même que les discussions portaient essentiellement sur les politiques publiques liées au numérique.

Cap vers une stratégie nationale

Au terme de ces deux journées, les participants sont parvenus à un constat commun : l’intelligence artificielle, la cybersécurité et la transformation numérique ne constituent plus un luxe, mais une nécessité pour le développement économique, institutionnel et social d’Haïti.

Universitaires, économistes, experts internationaux, représentants du secteur financier et étudiants ont unanimement appelé à une mobilisation nationale afin de doter le pays d’une stratégie ambitieuse de transformation numériques, de bâtir des infrastructures numériques résilientes, de renforcer la cybersécurité et de mieux préparée aux défis technologiques et cybernétiques du XXIe siècle.

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