Haïti – Insécurité : Frère Luckson au secours de plusieurs otages à Kenscoff, l’inaction de l’État face aux gangs de nouveau décriée

Haïti – Insécurité : Frère Luckson au secours de plusieurs otages à Kenscoff, l’inaction de l’État face aux gangs de nouveau décriée

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Port-au-Prince, 29 août 2026Quelques jours après l’attaque meurtrière qui a endeuillé Kenscoff, la libération, sans assistance de l’État, de plusieurs habitants enlevés lors de l’offensive des groupes armés met une nouvelle fois en lumière les limites de la réponse des autorités haïtiennes face à la violence des gangs. Au cœur de cette opération figure le leader communautaire Frère Luckson, fondateur de la Fondation Zòn Pa Fè Moun, avec le soutien de l’UNICEF, qui s’est impliqué dans les démarches ayant contribué à la libération de plusieurs otages.

Récupération de plusieurs otages par le Frère Luckson de la Fondation Zòn Pa Fè Moun

L’attaque survenue dans la nuit du 23 au 24 août a fait au moins 47 morts et 22 blessés, selon les Nations unies. Au moins une cinquantaine d’habitants ont également été enlevés au cours de l’offensive attribuée à des groupes armés opérant dans la zone. Des personnes déplacées qui avaient trouvé refuge dans une église figurent parmi les victimes. Plusieurs maisons et infrastructures ont également été incendiées. Amnesty International a dénoncé un massacre révélateur de l’absence de mesures efficaces pour protéger la population civile.

Kenscoff, au lendemain de l’attaque

Dans ce contexte particulièrement dramatique, Frère Luckson s’est retrouvé au premier plan des efforts visant à récupérer les personnes enlevées. Selon des informations rapportées par plusieurs médias haïtiens, il a engagé des échanges avec le chef de gang connu sous le nom d’« Izo 2 » afin d’obtenir la libération des otages. Le Facteur Haïti rapporte notamment qu’une vingtaine de personnes auraient été récupérées après plusieurs jours de captivité, tandis que d’autres sources avancent le chiffre de 19 personnes.

L’UNICEF confirme pour sa part que six enfants et sept femmes, soit 13 personnes, ont été libérés après plusieurs jours de captivité. Parmi les enfants figurent trois enfants âgés de moins de deux ans, un garçon de sept ans et deux adolescentes. L’agence onusienne précise que ses équipes et des responsables communautaires ont soutenu les efforts ayant contribué à leur libération. Elle appelle également à la libération immédiate des autres personnes encore retenues par les groupes armés et à la protection des enfants.

Cette situation soulève une question particulièrement préoccupante : comment expliquer que la récupération de civils enlevés puisse dépendre principalement de l’intervention d’un leader communautaire, alors que l’État dispose de forces de sécurité et d’une institution policière chargée de protéger la population ? Pour de nombreux habitants, cette situation illustre la profondeur de la crise sécuritaire et le sentiment d’abandon qui gagne les communautés régulièrement attaquées.

Le chef de la PNH André Jonas Vladimir Paraison et le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé échangent une poignée de main au Palais National

Le gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, ainsi que le commandement de la Police nationale d’Haïti (PNH), dirigé par André Jonas Vladimir Paraison, font l’objet de critiques croissantes après cette nouvelle tragédie. Les autorités ont condamné l’attaque et annoncé des mesures de renforcement, mais l’ampleur du massacre et le nombre de personnes enlevées alimentent les interrogations sur l’efficacité de la stratégie sécuritaire mise en œuvre. Reuters rapporte que les habitants de Kenscoff réclament une protection renforcée et dénoncent les défaillances de la réponse sécuritaire.

Comme réponse immédiate sur le plan du commandement policier, la PNH a procédé au remplacement de l’inspecteur divisionnaire Nickenson Cadet à la tête du commissariat de Kenscoff. Le commissaire principal Jean-Pierre Ketler Mauriceau a été installé dans ses nouvelles fonctions le 27 août. Cette décision intervient après le massacre et alors que Kenscoff est régulièrement ciblée par des groupes armés.

Mais pour une population traumatisée, un changement de responsable au niveau du commissariat ne saurait à lui seul répondre à l’ampleur de la crise. Depuis au moins 20 mois, Kenscoff est confrontée à des attaques répétées, à des déplacements de population, à des enlèvements et à des destructions, malgré de minimes opérations des forces de sécurité. Le massacre d’août rappelle ainsi que la présence de l’État sur le terrain demeure insuffisante pour garantir durablement la sécurité des habitants.

Le contraste est particulièrement saisissant : pendant que des familles attendent la libération de leurs proches, c’est un acteur communautaire, avec l’appui de partenaires humanitaires, qui apparaît publiquement dans les démarches permettant de récupérer des personnes retenues par les groupes armés. Des images diffusées sur les réseaux sociaux ont notamment montré Frère Luckson aux côtés de personnes libérées.

Alors que plusieurs dizaines de personnes resteraient encore aux mains des groupes armés après l’attaque de Kenscoff, l’UNICEF insiste sur l’urgence de protéger les enfants et de libérer les personnes encore retenues. La crise de Kenscoff apparaît désormais comme un nouveau test majeur pour les autorités haïtiennes, confrontées à une question fondamentale : combien de massacres et d’enlèvements faudra-t-il encore avant que la protection effective des populations devienne une priorité opérationnelle de l’État ?

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