Haïti – Technologie : l’UNITECH ouvre le premier Colloque international sur l’intelligence artificielle, la cybersécurité et la transformation numérique
Port-au-Prince, 29 juillet 2026 – Le premier jour du tout premier Colloque international sur l’intelligence artificielle (IA), la cybersécurité et la transformation numérique en Haïti s’est déroulé ce mercredi 29 juillet à l’hôtel Montana, réunissant des universitaires, des experts internationaux, des responsables d’institutions publiques, des acteurs du secteur privé et plusieurs centaines d’étudiants venus réfléchir aux grands défis et opportunités du numérique en Haïti.

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Organisé par l’Université de Technologie d’Haïti (UNITECH) en partenariat avec la Banque de la République d’Haïti (BRH) et le Group Croissance, ce colloque de deux jours entend ouvrir un vaste débat sur la place qu’Haïti doit occuper dans la révolution mondiale de l’intelligence artificielle et de la transformation numérique.
Une forte participation estudiantine
Près de 200 étudiants issus de plusieurs universités haïtiennes ont pris part à cette première journée, dont près d’une centaine d’étudiants de l’UNITECH arrivant au terme de leur Diplôme d’Études Supérieures Spécialisées (DESS) en Technologie de l’Information et Informatique (TII).
Cette cohorte constitue la première promotion du programme TIC-HAÏTI-BRH, lancé en janvier 2025 sous l’impulsion du gouverneur de la BRH, Ronald Gabriel, en partenariat avec l’UNITECH, l’ESIH, l’ISTEAH et la Faculté des Sciences de l’UEH.
Ce programme, entièrement financé par la Banque centrale, ambitionne de former près de 500 jeunes sur trois ans dans des domaines stratégiques tels que la cybersécurité, l’intelligence artificielle, les réseaux informatiques, la gestion de projet, l’intelligence artificielle et l’administration de base de données. L’objectif est de contribuer à réduire la fracture numérique, renforcer le capital humain du système financier haïtien, favoriser l’innovation et limiter les effets de la fuite des cerveaux aggravée par la crise sécuritaire.
Une cérémonie officielle marquée par plusieurs personnalités
La cérémonie d’ouverture a réuni plusieurs personnalités du monde universitaire, institutionnel et économique, notamment :
- le recteur de l’UNITECH, Dr Josselin Val ;
- le vice-recteur à la recherche, Lubin G. Santana ;
- le PDG du Group Croissance, Kesner Pharel ;
- le représentant du gouverneur de la BRH, Jerry Jacquet ;
- le représentant du ministère des Travaux publics, Transports et Communications (MTPTC), Jean Marie Maignan ;
- le directeur au ministère de l’Intérieur et des Collectivités territoriales (MICT), Pierre Canisius Guignard.
Après les interventions protocolaires, les officiels ont procédé au lancement formel du colloque.
Lubin G. Santana ouvre les travaux
Dans son discours inaugural, le vice-recteur à la recherche de l’UNITECH, Lubin G. Santana, a rappelé l’importance de cette initiative pour le développement scientifique du pays.
Il a insisté sur la nécessité de créer un espace permanent de réflexion autour des nouvelles technologies, tout en remerciant les différents partenaires qui ont rendu possible l’organisation de ce premier colloque international.
Selon lui, l’intelligence artificielle, la cybersécurité et la transformation numérique constituent désormais des leviers incontournables du développement économique et social.
Kesner Pharel : « Haïti ne doit pas manquer la révolution de l’intelligence artificielle »
Très attendu, le PDG du Group Croissance, Kesner Pharel, a livré une intervention particulièrement remarquée.

Kesner Pharel, PDG du Group Croissance / CREDIT PHOTO : Bleu Production TV
S’adressant directement aux jeunes universitaires, il les a invités à devenir les principaux acteurs de la révolution technologique qui s’annonce.
« Le pouvoir ne se donne pas, il se prend », a-t-il résumé en encourageant les étudiants à développer leurs compétences pour conduire la transformation numérique du pays.
L’économiste a identifié plusieurs défis majeurs auxquels Haïti devra faire face, on peut citer ; l’insuffisance des infrastructures, les difficultés d’accès à l’électricité, les contraintes budgétaires ou encore la fuite des talents.
Pour relever ces défis, il a proposé cinq piliers fondamentaux :
- développer les infrastructures numériques ;
- mettre en place une gouvernance responsable des données ;
- adapter les programmes d’enseignement ;
- favoriser l’innovation portée par les universités ;
- instaurer un cadre éthique pour l’intelligence artificielle.
Il a également plaidé pour un renforcement des partenariats interuniversitaires afin d’accélérer l’innovation.
Selon lui, Haïti a déjà manqué plusieurs grandes révolutions technologiques ; industrielle, informatique et Internet, et ne peut se permettre de manquer celle de l’intelligence artificielle.
Le recteur Josselin Val sonne l’alarme
Le recteur de l’UNITECH, Dr Josselin Val, a salué le partenariat établi avec la BRH dans le cadre du programme DESS en Technologie de l’Information et Informatique.

Dr Josselin Val, recteur de l’UNITECH / CREDIT PHOTO : Bleu Production TV
Il a estimé que ce colloque devait servir de véritable sonnette d’alarme pour encourager les institutions haïtiennes à adopter les meilleures pratiques en matière de technologies de l’information et de cybersécurité.
Selon lui, les nouvelles technologies permettent d’améliorer considérablement l’efficacité et la productivité des organisations.
Le recteur a également souligné l’importance de protéger les données, notamment dans le secteur financier, tout en affirmant qu’Haïti accuse près de 70 ans de retard dans certains domaines technologiques.
Le MTPTC réaffirme son soutien
Intervenant au nom du ministère des Travaux publics, Jean Marc Maignan a salué l’organisation de cette initiative.
Il a rappelé que le gouvernement entend poursuivre ses efforts en matière de gouvernance numérique et soutenir les partenariats entre les universités afin d’encourager l’innovation et la transformation digitale.
Trois panels pour explorer les enjeux du numérique
Après la cérémonie officielle, les participants ont assisté à trois panels de conférences.
Panel 1 : Transformer les pays à ressources limitées
Animé par Lubin G. Santana, le premier panel était consacré au thème :
« Transformation numérique dans les pays à ressources limitées : infrastructures, cloud et automatisation ».
La professeure Judith Soulamithe Nouho Noutat, de l’Université Polytechnique de Yaoundé I (Cameroun), est intervenue en ligne sur le sujet :
« Infrastructures numériques résilientes : Cloud, automatisation et virtualisation au service de la transformation numérique ».
Elle a expliqué que la transformation numérique consiste avant tout à intégrer les technologies pour repenser l’économie, l’éducation et les services publics.
Elle a identifié trois leviers essentiels, le cloud computing, la virtualisation et l’automatisation.
Parmi ses recommandations figurent :
- l’adoption d’une politique « Cloud First » ;
- l’investissement dans le capital humain ;
- le renforcement du cadre légal ;
- le développement d’infrastructures hybrides capables de résister aux contraintes énergétiques.
Toujours dans ce panel, Kesner Pharel a présenté une conférence intitulée :
« La transformation numérique en Haïti : défis institutionnels, gouvernance et perspectives de développement ».
S’appuyant notamment sur une étude récente du FMI portant sur l’Afrique, il a montré comment l’intelligence artificielle pourrait devenir un puissant levier de productivité pour Haïti.
Il a rappelé que l’économie haïtienne traverse huit années de contraction économique négative, la dernière croissance positive remontant à 2018, et que les jeunes sont héritiés de cette contraction, mais peuvent inverser la tendance grace aux outils hitech.
Selon lui, les principaux moteurs susceptibles d’être transformés grâce à l’IA sont l’agriculture, la santé, l’éducation, l’industrie et l’administration publique.
Il a cité les exemples du Rwanda, du Kenya et du Maroc comme modèles inspirants.
Panel 2 : anticiper les cybermenaces
Le deuxième panel a été consacré à la cybersécurité moderne.
L’expert franco-canadien Valentin Karl Paul Bromont a présenté une conférence sur :
« Les renseignements sur les menaces, les cyberenquêtes et la gestion des vulnérabilités ».
Il a expliqué les mécanismes de la Cyber Threat Intelligence (CTI), les différentes sources d’information disponibles ainsi que leurs avantages et limites pour les organisations confrontées aux cyberattaques.
Panel 3 : l’IA, un outil puissant à utiliser avec prudence
Le troisième panel a été animé par Blaise Arbouet, consultant canadien d’origine haïtienne comptant plus de vingt ans d’expérience en technologies de l’information et en sécurité informatique.

Professeur Blaise Arbouet, expert en TI / CREDIT PHOTO : Bleu Production TV
Sa conférence portait sur :
« L’intelligence artificielle comme levier d’innovation et de résilience des systèmes d’information ».
L’expert a rappelé que l’intelligence artificielle constitue une formidable opportunité, mais qu’elle demeure une arme à double tranchant, particulièrement dans le cas de l’IA générative.
Il a encouragé les participants à utiliser ces outils avec discernement afin d’accélérer la modernisation :
- du système de santé ;
- de l’éducation ;
- de l’agriculture ;
- de l’administration publique.
Des échanges nourris avec les étudiants
La journée s’est conclue par une séance de questions-réponses entre les étudiants et les conférenciers.
Les discussions ont notamment porté sur la nécessité pour l’État haïtien d’élaborer une véritable stratégie nationale en matière d’intelligence artificielle.
Plusieurs intervenants ont également souligné que le développement d’une IA performante dépend fortement de la disponibilité de données publiques fiables, structurées et accessibles, un domaine dans lequel les pouvoirs publics auront un rôle déterminant à jouer.
Rendez-vous ce 30 juillet pour la deuxième journée
Les travaux du colloque se poursuivront ce jeudi 30 juillet à l’hôtel Montana avec de nouveaux panels, d’autres experts nationaux et internationaux ainsi que des conférences consacrées aux enjeux futurs de l’intelligence artificielle, de la cybersécurité et de la transformation numérique.
Cette première édition marque une étape importante dans le débat sur l’avenir numérique d’Haïti et pourrait contribuer à poser les bases d’une stratégie nationale visant à mieux préparer le pays aux défis technologiques du XXIᵉ siècle.