Haïti – Élections : Jean Renel Sénatus affirme que des listes contenant des NINU seraient vendues à des partis politiques
Port-au-Prince, 10 septembre 2026 — À l’approche des prochaines élections en Haïti, les inquiétudes concernant l’utilisation des données d’identification des citoyens refont surface. Invité ce mercredi 9 septembre à l’émission « Se sa Nou vle » de Team Rudy Officiel, au micro de Rudy Thomas Sanon, l’ancien sénateur Jean Renel Sénatus, dit Zokiki, a affirmé avoir constaté, à la suite d’enquêtes menées en sa qualité d’ancien commissaire du gouvernement et d’homme de loi, que des listes contenant les Numéros d’Identification Nationale Unique (NINU) de citoyens seraient vendues à certains partis politiques.
Selon l’ancien parlementaire, ces dénonciations sont notamment illustrées par le cas de plusieurs structures politiques proches qui ont remarqué des irrégularités lors du processus d’enregistrement de leurs membres. Il cite notamment le cas de « LAVEH », qui compterait 34 000 membres. Toutefois, après avoir intégré ces données dans le système du CEP, seuls 5 000 membres auraient été validés par la plateforme. C’est à la suite de ces enquêtes qu’il affirme avoir découvert que de telles listes seraient proposées entre 8 000 et 10 000 dollars américains dans certains hôtels de Pétion-Ville.
Il affirme également que ces listes proviendraient de différentes institutions publiques et de maisons de transfert, et qu’elles auraient été mises à la disposition de formations politiques cherchant à atteindre le seuil de 30 000 membres exigé par le Conseil électoral provisoire (CEP) dans le cadre du processus électoral. Jean Renel Sénatus soutient également que certaines de ces listes comporteraient des identifiants ou des tags permettant de retracer leur provenance institutionnelle. Une situation qui, si elle était confirmée, soulèverait de sérieuses interrogations sur la protection et la circulation des données personnelles détenues par les institutions publiques.
Des données qui pourraient provenir de programmes d’aide
Zokiki avance notamment l’hypothèse que certaines informations auraient pu être collectées dans le cadre de programmes destinés aux populations vulnérables. Il cite le cas d’institutions distribuant des kits ou d’autres formes d’assistance dans des camps de fortune, où les bénéficiaires doivent présenter leur carte d’identification pour accéder aux services proposés.
Selon cette version, les données recueillies à l’occasion de ces opérations pourraient ensuite être utilisées à d’autres fins, notamment dans le cadre de l’inscription de citoyens comme membres de formations politiques. Ces allégations restent toutefois à vérifier et nécessiteraient des investigations techniques et administratives permettant d’en déterminer l’origine et la véracité.
Des irrégularités déjà signalées au CEP
Jean Renel Sénatus affirme avoir déjà porté ces préoccupations devant le Conseil électoral provisoire (CEP), qui lui aurait, en retour, demandé de présenter un mémoire. Il annonce qu’il va sommer le CEP d’ouvrir des enquêtes afin d’établir les responsabilités et, le cas échéant, de dévoiler la liste des structures politiques qui auraient recours à de telles pratiques. Il réitère son appel à l’opinion publique de demander au CEP de vérifier les quatre premiers groupements qui avaient rapidement annoncé avoir atteint le seuil des 30 000 membres. Selon lui, une telle vérification permettrait de faire toute la lumière sur ces dénonciations. Pour l’ancien sénateur, l’utilisation éventuelle de données personnelles sans le consentement des citoyens pourrait porter atteinte à la crédibilité du processus électoral.
La question est d’autant plus sensible que plusieurs interrogations ont récemment été soulevées autour de l’utilisation des NINU dans le processus d’accréditation des partis politiques. La possibilité pour un citoyen de vérifier si son numéro d’identification a été utilisé par une formation politique demeure ainsi au centre des préoccupations liées à la transparence électorale. Dans un précédent article, NEXUS ACTUALITÉS avait proposé plusieurs solutions technologiques susceptibles de permettre aux citoyens de vérifier si leur NINU a été utilisé à leur insu. https://xn--nexusactualits-nkb.com/haiti-elections-technologie-et-si-le-cep-permettait-aux-citoyens-de-verifier-lutilisation-de-leur-ninu-par-les-structures-politiques/
Zokiki évoque également des avantages pour le groupement Viktwa et l’attribution de 300 millions de gourdes à un ami politique
Au cours de son intervention, Jean Renel Sénatus a également évoqué la participation du groupement Viktwa, présenté comme proche du pouvoir en place dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. L’ancien sénateur affirme que ce groupement bénéficierait déjà de moyens lui permettant de mener des activités politiques et de campagne, notamment dans le Nord, avec, selon lui, l’appui de ressources publiques.
L’ancien sénateur a par ailleurs évoqué l’existence de financements qui auraient été accordés par le gouvernement à un ami du pouvoir en perspective des prochaines élections. Il avance notamment le chiffre de 300 millions de gourdes qui auraient été obtenus, selon ses déclarations, sous couvert d’une université. Il affirme que ces informations auraient notamment été détaillées dans un tweet de Radio Télé Métronome. Pour Zokiki, l’utilisation de ressources aussi importantes par certaines structures ne permettrait pas de garantir un équilibre ni une égalité des chances entre les différents acteurs engagés dans la compétition électorale.
Ces déclarations interviennent alors que le processus électoral haïtien entre progressivement dans une phase décisive, à moins de 100 jours de la date annoncée pour le premier tour, fixé au 13 décembre prochain. Au-delà des accusations politiques, elles mettent en évidence une question devenue incontournable : comment garantir que les données d’identification des citoyens ne soient pas utilisées à leur insu pour satisfaire aux exigences administratives imposées aux partis politiques ?
Une réponse à cette question nécessiterait notamment la mise en place de mécanismes de vérification indépendants, d’audits des bases de données utilisées dans le processus électoral et, surtout, la possibilité pour chaque citoyen de contrôler l’utilisation de son identité numérique. Les autorités électorales et les institutions concernées sont désormais attendues sur leur capacité à vérifier ces allégations et à garantir l’intégrité des données personnelles des citoyens à l’approche des prochaines élections.
Affaire à suivre.
Retrouvez l’intégralité de l’émission sur YouTube à travers ce lien :