Affaire Jovenel Moïse : Victor Albeiro Pineda, accusé d’être l’un des tireurs ayant abattu l’ancien président, s’est vu refuser une libération sous caution

Affaire Jovenel Moïse : Victor Albeiro Pineda, accusé d’être l’un des tireurs ayant abattu l’ancien président, s’est vu refuser une libération sous caution

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Port-au-Prince, 28 septembre 2026 — L’affaire de l’assassinat de l’ancien président haïtien Jovenel Moïse connaît un nouveau développement aux États-Unis. Victor Albeiro Pineda Cardona, ancien militaire colombien de 45 ans, est accusé par les procureurs fédéraux américains d’avoir fait partie des hommes qui ont ouvert le feu sur le président haïtien lors de l’attaque du 7 juillet 2021, et reste en détention à Miami.

Pineda lors de son audience à la Cour d’appel de Port-au-Prince en juin 2025.
Crédit : Radio Télé Ginen

À l’issue d’une audience de près de quatre heures devant un tribunal fédéral de Miami, le juge magistrat Eduardo Sanchez a ordonné le maintien en détention de Pineda et lui a refusé la libération sous caution. Les procureurs ont présenté plusieurs éléments censés établir son implication directe dans l’opération, tandis que sa défense a contesté la solidité de ces preuves.

Pineda présenté comme l’un des tireurs

Selon l’accusation, Victor Albeiro Pineda Cardona, connu sous le surnom présumé de « Pipe », ayant travaillé pour l’armée pendant plus de vingt ans et n’avait pris sa retraite que deux ans auparavant, faisait partie du groupe d’anciens militaires colombiens recrutés pour participer à l’opération en Haïti. Les procureurs affirment qu’il appartenait à une équipe appelée « Delta », chargée notamment de pénétrer dans la résidence présidentielle.

Pineda et d’autres mercenaires colombiens après leurs arrestations à Port-au-Prince / Crédit Photo : Agence AFP

Le gouvernement américain soutient que Pineda s’est rendu au domicile de Jovenel Moïse dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021 et qu’il est entré dans la résidence armé, en se faisant passer pour un agent américain de la lutte antidrogue. Les procureurs l’ont identifié comme l’un des trois ressortissants colombiens qui auraient tiré sur Jovenel Moïse et grièvement blessé son épouse, Martine Moïse.

L’accusation affirme également que plusieurs participants colombiens ont identifié Pineda comme faisant partie des tireurs. Les procureurs ont notamment évoqué un gilet tactique de la CTU portant ce qu’ils présentent comme son surnom, ainsi que des témoignages faisant référence à l’utilisation de ce surnom pendant l’attaque.

Des éléments contestés par la défense

La défense de Pineda rejette toutefois cette version des faits. Son avocat, Juan J. Michelin, a insisté sur l’absence de certaines preuves matérielles permettant, selon lui, de placer directement son client sur la scène du crime.

Lors de l’audience, un agent spécial du FBI a reconnu ne pas avoir connaissance d’une vidéo de surveillance montrant Pineda à l’intérieur de la résidence présidentielle, ni de données de géolocalisation téléphonique, d’ADN ou d’empreintes digitales reliant directement l’accusé au lieu de l’assassinat.

La défense a également mis en doute la fiabilité de certaines déclarations provenant d’anciens participants colombiens détenus en Haïti. Elle a notamment souligné que certaines informations utilisées pour déterminer le rôle de Pineda provenaient d’accusés ayant eux-mêmes plaidé coupable ou coopéré avec les autorités.

Une enquête américaine de grande ampleur

Les procureurs ont cependant soutenu que leur dossier ne repose pas sur un élément de preuve unique. Selon la procureure adjointe Yara Dodin, l’enquête comprend plus de 85 téraoctets de données, des informations provenant de plus de 150 appareils électroniques, plus de 500 témoignages, des dossiers médicaux et d’autopsie, des armes saisies ainsi que des analyses balistiques.

Deux ressortissants colombiens ont également plaidé coupable et coopèrent avec les autorités américaines, selon l’accusation.

Les procureurs affirment que les anciens militaires colombiens avaient été recrutés en vue d’une opération destinée à renverser, enlever ou assassiner Jovenel Moïse. Plusieurs documents judiciaires américains présentent Pineda comme l’un des membres du groupe ayant participé directement à l’opération.

Pineda transféré à Miami

Pineda était détenu en Haïti depuis le lendemain de l’assassinat du président Moïse. Il a été transféré aux États-Unis en septembre 2026 avec plusieurs autres personnes poursuivies dans le cadre de l’enquête fédérale américaine.

Le ministère américain de la Justice a annoncé le transfert de 18 accusés de Haïti vers le sud de la Floride afin qu’ils répondent à des accusations fédérales liées à l’assassinat de Jovenel Moïse. Pineda figure parmi les personnes inculpées dans le cadre de cette procédure.

Samir Handal également maintenu en détention

La même audience concernait Samir Handal, présenté par les procureurs comme un soutien logistique présumé du complot. Contrairement à Pineda, il n’est pas accusé d’avoir pénétré dans la résidence présidentielle ni d’avoir tiré sur Jovenel Moïse.

Les procureurs l’accusent plutôt d’avoir fourni différentes ressources aux personnes impliquées dans l’opération, notamment un logement, de la nourriture, du carburant, des radios et des armes. Ils affirment également qu’il espérait bénéficier d’une fonction diplomatique si Christian Emmanuel Sanon parvenait à prendre le pouvoir.

La défense de Handal conteste, elle aussi, que les éléments présentés établissent qu’il connaissait à l’avance un projet visant à assassiner le président.

Le juge Eduardo Sanchez a néanmoins refusé sa mise en liberté sous caution personnelle d’un million de dollars garantie par sa maison de Miami, assortie d’une assignation à résidence et de la remise de ses documents de voyage, estimant qu’aucune combinaison de conditions ne permettrait de garantir suffisamment sa comparution devant la justice et la sécurité de la communauté.

L’audience de Joseph Félix Badio reportée

Le dossier connaît également un nouveau report concernant Joseph Félix Badio, considéré comme une figure importante de l’affaire. Son audience de détention a été reportée après que son avocate, Lauren Krasnoff, a demandé à se retirer du dossier en raison d’un potentiel conflit d’intérêts.

Le juge Sanchez a fixé la prochaine audience au 14 octobre 2026.

L’affaire de l’assassinat de Jovenel Moïse continue ainsi de s’étendre devant la justice fédérale américaine, cinq ans après le meurtre du président haïtien dans sa résidence privée à Pèlerin 5 dans la commune de Pétion-Ville.

Via Antonio María Delgado, MIAMI HERALD, EL NUEVO HERALD

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