Technologie : le gouvernement de la République dominicaine veut former un million de personnes à l’intelligence artificielle

Technologie : le gouvernement de la République dominicaine veut former un million de personnes à l’intelligence artificielle

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Port-au-Prince, 11 septembre 2026 — La République dominicaine accélère son offensive dans le domaine de l’intelligence artificielle. Le gouvernement de Luis Abinader a lancé ce jeudi « RD Inteligente », un programme national gratuit qui ambitionne de former un million de Dominicains à l’utilisation de l’intelligence artificielle, depuis les notions de base jusqu’à des domaines de spécialisation. Ce projet sera mis en œuvre par l’Institut technologique des Amériques (ITLA), dans le cadre de la Stratégie nationale pour l’intelligence artificielle (ENIA).

Déjà opérationnelle, l’initiative entend démocratiser l’accès aux compétences liées à l’IA et permettre à la population d’utiliser ces technologies dans le travail, les études, l’entrepreneuriat et différentes activités productives. Le programme cible aussi bien les jeunes que les adultes, quel que soit leur niveau initial de maîtrise des technologies numériques, ainsi que les personnes en situation de handicap.

Trois niveaux de formation, de l’initiation à la spécialisation

Le programme est structuré autour de trois niveaux d’apprentissage. Le premier est consacré à l’alphabétisation à l’intelligence artificielle et doit permettre aux participants de comprendre les principes fondamentaux et les usages courants de ces technologies. Cette première formation dure dix heures et peut être suivie à partir d’un téléphone intelligent, d’un ordinateur ou de tout autre appareil connecté à Internet.

Le deuxième niveau propose 28 parcours de formation adaptés à différents domaines professionnels et vise à montrer comment l’IA peut être utilisée concrètement pour améliorer la productivité. Le troisième niveau permet aux participants d’aller plus loin grâce à des spécialisations et des certifications internationales, notamment dans des domaines tels que l’automatisation, la gestion des données et la programmation.

Le recteur de l’Institut technologique des Amériques (ITLA), Jimmy Rosario, a précisé que l’inscription peut se faire avec la carte d’identité dominicaine et une adresse électronique. Le programme bénéficie par ailleurs du soutien annoncé de plusieurs entreprises technologiques internationales, dont Microsoft, Google, Cisco et Amazon, tandis que des démarches sont engagées pour étendre la connectivité à des communautés rencontrant des difficultés d’accès à Internet.

Par ailleurs, il a expliqué que le programme est conçu pour atteindre tous les secteurs : lycéens et étudiants, jeunes chômeurs, entrepreneurs, fonctionnaires, enseignants, membres des forces de sécurité, micro, petites et moyennes entreprises (MPME), familles et grand public. « L’intelligence artificielle est pour tout le monde. Elle n’est pas réservée aux experts. C’est un outil précieux pour le développement personnel, académique et professionnel de chaque Dominicain, et elle est accessible à tous ceux qui souhaitent l’apprendre. »

« Nous ne voulons pas transformer un million de Dominicains en programmeurs »

Lors du lancement, le président Luis Abinader a insisté sur une philosophie qui ne consiste pas à transformer l’ensemble de la population en informaticiens, mais à utiliser l’IA comme un outil permettant à chacun d’améliorer ses compétences existantes.

« Aujourd’hui, nous avons lancé RD Inteligente, avec pour objectif de former un million de Dominicains à l’intelligence artificielle, de l’initiation à son utilisation pour accroître la productivité. Nous souhaitons que ces connaissances se traduisent par de réelles opportunités de transformer leur vie.

Nous souhaitons que la République dominicaine dépasse le simple rôle de consommatrice de technologies et devienne un acteur majeur de la création, du développement et du leadership dans ce domaine. Avec RD Inteligente, nous nous positionnons comme une référence technologique en Amérique latine et dans les Caraïbes.

Nous ne voulons pas transformer un million de Dominicains en programmeurs. Nous voulons qu’un million de Dominicains se perfectionnent dans leurs domaines de compétences actuels et découvrent de nouvelles opportunités pour bâtir leur avenir grâce à l’intelligence artificielle.

Notre engagement est de préparer notre peuple à l’avenir. Avec RD Inteligente, nous formerons un million de Dominicains à l’intelligence artificielle, de l’alphabétisation de base aux domaines tels que l’automatisation, les données et la programmation. L’avenir commence aujourd’hui. »

Pour le chef de l’État dominicain, cette politique s’inscrit dans une ambition plus large : faire du pays un hub technologique régional, capable non seulement d’adopter les technologies développées ailleurs, mais également de produire ses propres solutions et de disposer d’un capital humain suffisamment qualifié pour attirer de nouveaux investissements.

Abinader associe également l’IA à la modernisation de l’administration publique. Il souhaite que ces technologies contribuent à construire un État « plus agile, plus simple et surtout plus proche », notamment en réduisant les files d’attente, les démarches administratives et le temps consacré par les citoyens à accéder aux services publics.

Une stratégie qui contraste avec la situation haïtienne

Cette offensive dominicaine met également en évidence le retard d’Haïti dans la préparation institutionnelle à l’intelligence artificielle. Le Government AI Readiness Index 2024 d’Oxford Insights, qui évalue 188 pays à partir de trois grands piliers ; gouvernement, secteur technologique, données et infrastructures, attribuait à Haïti un score global de seulement 20,06. Le pays obtenait 7,52 pour le pilier gouvernemental, 18,61 pour le secteur technologique et 34,04 pour les données et infrastructures.

Indice de préparation d’Haïti à l’intelligence artificielle

À l’échelle de l’Amérique latine et des Caraïbes, en 2024, Haïti occupait ainsi la dernière position du classement régional, très loin derrière la République dominicaine, qui affichait un score global de 52,69 dans les données du même indice.

Le faible résultat haïtien ne signifie toutefois pas que le pays ne dispose d’aucune compétence ou initiative dans le domaine. Des particuliers, des professionnels, des établissements d’enseignement, des organisations de la société civile et des acteurs du secteur technologique ont déjà engagé des actions de sensibilisation et de formation à l’intelligence artificielle. Mais ces initiatives restent encore largement dispersées et ne semblent pas constituer, à ce stade, l’équivalent d’un vaste programme national de formation piloté par l’État haïtien.

Le défi haïtien : passer des initiatives isolées à une politique nationale

Le contraste est particulièrement important sur le plan gouvernemental. L’indice d’Oxford Insights évalue notamment la capacité des gouvernements à mettre en place une vision, des mécanismes de gouvernance et d’éthique, ainsi que les capacités numériques nécessaires à l’intégration de l’IA dans les services publics. Le score de 7,52 obtenu par Haïti dans le pilier gouvernemental souligne l’ampleur du travail restant à accomplir.

Cette situation rejoint d’autres évaluations réalisées sur la transformation numérique de l’administration haïtienne. Dans son analyse publiée en 2024, le Fonds monétaire international relevait notamment que le score de Haïti dans le GovTech Maturity Index de la Banque mondiale était tombé à 0,202 en 2022, contre 0,272 en 2020, plaçant le pays dans le groupe des États ayant un niveau faible ou minimal de développement du GovTech.

Pour Haïti, l’enjeu ne devrait donc pas se limiter à apprendre aux citoyens à utiliser les outils d’IA. Il concerne également la capacité de l’État à préparer une stratégie nationale, former ses fonctionnaires, développer les infrastructures numériques, renforcer la gouvernance des données, soutenir la recherche et intégrer progressivement l’intelligence artificielle dans l’éducation, la santé, l’agriculture, la fiscalité, la justice et les services publics.

L’expérience dominicaine montre, à ce titre, qu’une politique nationale peut chercher à faire de la formation à l’IA un instrument de productivité, d’employabilité et de transformation de l’administration. Pour Haïti, la question est désormais de savoir si les initiatives portées par des acteurs privés, des établissements d’enseignement et des citoyens pourront être accompagnées par une véritable stratégie publique capable de préparer la population et les institutions à la prochaine étape de la révolution numérique.

L’intelligence artificielle n’est donc plus seulement une question technologique. Elle devient progressivement une question de politique publique, de compétitivité nationale et de préparation du capital humain.

NEXUS ACTUALITÉS

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