Haïti – FRG : le contingent ivoirien toujours en formation, alors que la situation sécuritaire demeure critique
PORT-AU-PRINCE, 18 septembre 2026 — Alors que la situation sécuritaire demeure particulièrement préoccupante en Haïti et que de possibles élections pour le 13 décembre 2026 approchent, le déploiement des nouveaux contingents de la Force de répression des gangs (FRG) continue de se faire attendre. En Côte d’Ivoire, des militaires destinés à rejoindre cette force internationale suivent encore leur préparation, tandis que la FRG reste très loin de l’effectif de 5 500 personnels autorisé par le Conseil de sécurité des Nations unies.

Des militaires ivoiriens toujours en préparation
Du 17 août au 25 septembre 2026, l’Institut des Nations unies pour la formation et la recherche (UNITAR) organise en Côte d’Ivoire une formation préalable au déploiement destinée aux cadres de bataillon, aux officiers ainsi qu’aux sous-officiers de niveau bataillon et compagnie appelés à rejoindre la FRG en Haïti.
Selon les informations communiquées par l’UNITAR, cette formation, mise en œuvre avec l’appui du Département des opérations de paix des Nations unies et de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), porte notamment sur le contexte sécuritaire haïtien, les opérations en milieu urbain, le mandat de la force, les règles d’engagement et le concept d’opérations.
Du 17 août au 25 sept, nous dispensons en Côte d’Ivoire une formation préalable au déploiement, préparant officiers et cadres de bataillon à leur déploiement en Haïti dans le cadre de la Force de répression des gangs (FRG), avec le soutien de @UNPeacekeeping et de @OIFrancophonie pic.twitter.com/gzgHTBNvqU
— UNITAR (@UNITAR) September 17, 2026
Cette préparation intervient après une première formation linguistique et socioculturelle organisée en Côte d’Ivoire au profit de 750 militaires ivoiriens. L’OIF avait indiqué que cette formation devait notamment permettre aux personnels de mieux comprendre le créole, l’histoire, l’organisation sociale et les réalités culturelles haïtiennes avant leur déploiement.

À ce stade, aucune date précise de déploiement de ce contingent ivoirien en Haïti n’a été officiellement annoncée dans les sources consultées. La préparation se poursuit donc alors que les besoins sécuritaires sur le terrain restent urgents.
Une FRG encore loin de ses effectifs annoncés
Le problème dépasse toutefois le seul contingent ivoirien. La FRG, créée pour remplacer la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS), dispose d’un plafond autorisé de 5 500 militaires et policiers internationaux, auquel s’ajoutent 50 personnels civils.
Or, les dernières données publiques disponibles font état d’un peu plus de 1 000 personnels déployés en Haïti. Une note comparative consacrée à la FRG confirme qu’un peu plus de 1 000 personnels étaient présents lors de sa publication, soit une fraction seulement de l’effectif autorisé.
Le décalage entre l’objectif et la réalité demeure donc considérable. À la mi-2026, le Conseil de sécurité et plusieurs acteurs internationaux tablaient encore sur une montée en puissance progressive devant permettre à la force d’atteindre sa capacité opérationnelle au cours du mois d’octobre.
L’objectif d’octobre désormais compromis
Mais cette échéance apparaît aujourd’hui de plus en plus incertaine. Selon une information rapportée début septembre par l’AFP, le porte-parole de la FRG, Igor Rugwiza, a reconnu que la force ne serait pas entièrement constituée en octobre comme initialement prévu. Il a évoqué des contraintes logistiques et précisé que de nouveaux personnels continuaient néanmoins d’arriver. Le porte-parole n’a pas communiqué le nombre exact de militaires actuellement déployés, invoquant des raisons opérationnelles.

Le porte-parole de la FRG, Igor Rugwiza
Cette déclaration remet en question le calendrier de montée en puissance de la FRG au moment où Haïti entre dans une période particulièrement sensible. Le pays doit en effet poursuivre l’inscription des électeurs, permettre les activités politiques et préparer les élections générales prévues le 13 décembre.
Une situation sécuritaire toujours alarmante
Sur le terrain, les besoins restent considérables. Un rapport de l’ONUDC transmis au Conseil de sécurité en juillet faisait état de la poursuite de l’expansion territoriale des groupes armés dans l’Artibonite et autour de Port-au-Prince. Le rapport relevait également une intensification des activités criminelles depuis avril, dans le contexte de la transition entre la MMAS et la FRG.
Le Groupe des éminentes personnalités de la CARICOM, après sa mission en Haïti du 2 au 9 septembre, a lui aussi fait de la sécurité l’une de ses principales préoccupations. Il a notamment relevé la persistance des violences meurtrières et des enlèvements et estimé que la sécurité devait permettre l’inscription des électeurs, la campagne politique, la liberté de circulation et le vote dans des conditions sûres.
La lenteur du déploiement de la FRG intervient ainsi dans un contexte où la capacité des forces nationales et internationales à sécuriser l’ensemble du territoire demeure déterminante pour la tenue du calendrier électoral.
Un nouveau défi pour l’engagement international en Haïti ?
La question qui se pose désormais est celle de la capacité de la FRG à atteindre suffisamment rapidement la masse critique nécessaire pour remplir son mandat. La force a été conçue précisément pour tirer les leçons des limites de la précédente mission internationale, notamment en matière d’effectifs, de financement, de mandat et de capacités opérationnelles.

Un contingent du Sri Lanka a été déployé dans l’Artibonite afin de limiter les exactions des groupes armés dans ce département. Pour l’instant, aucune action concrète n’a été menée par ce contingent.
Mardi 15 septembre dernier, les groupes armés opérant dans le haut Artibonite ont progressé en direction du Nord du pays, en attaquant Saint-Michel-de-l’Attalaye, où trois personnes ont été tuées. Le drame s’est produit au marché dénommé « Nan Paul », où plusieurs autres personnes ont également été blessées.
Le contingent de la FRG, qui a pris position dans le bas Artibonite, une zone où la situation sécuritaire est relativement moins préoccupante, n’a, jusqu’à présent, mené aucune action ni opération pour empêcher la progression des groupes armés dans le haut Artibonite, et ce, près d’un mois après son arrivée dans le département.
Plusieurs autorités haïtiennes ont appelé les partenaires internationaux à accélérer le déploiement de la FRG, et au conseil de sécurité le renouvellement de cette force. De son côté, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, avait insisté en juin sur la nécessité d’accélérer le déploiement de la force autorisée à 5 500 personnels afin qu’elle puisse effectivement contribuer au démantèlement des gangs.
À l’approche du mois d’octobre, la situation constitue donc un test majeur pour l’architecture sécuritaire internationale mise en place en Haïti. Si la FRG ne parvient pas à atteindre rapidement une capacité opérationnelle suffisante, les interrogations risquent de s’intensifier sur l’efficacité de ce nouvel engagement international, notamment à l’approche des élections de décembre.
Pour Haïti, l’enjeu dépasse désormais la simple arrivée de nouveaux contingents. Il s’agit de savoir si la FRG pourra effectivement contribuer à rétablir l’accès aux territoires contrôlés ou disputés par les groupes armés, sécuriser les populations et créer les conditions minimales nécessaires à la tenue d’un processus électoral national.