LBC/FT : Haïti reste sur la liste grise du GAFI, les délais du plan d’action étant désormais expirés

LBC/FT : Haïti reste sur la liste grise du GAFI, les délais du plan d’action étant désormais expirés

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Port-au-Prince, 3 septembre 2026 — Haïti reste officiellement inscrit sur la liste des juridictions soumises à une surveillance renforcée du Groupe d’action financière (GAFI), communément appelée « liste grise ». Dans sa dernière mise à jour publiée le 19 juin 2026, à l’issue de sa plénière des 17 au 19 juin, l’organisation internationale reconnaît certains progrès réalisés par le pays dans le cadre de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT), tout en constatant que l’ensemble des échéances prévues dans son plan d’action sont désormais expirées et que des travaux importants restent à accomplir.

Une surveillance renforcée depuis juin 2021

Haïti a pris, en juin 2021, date à laquelle elle a été placée sur la liste des « juridictions soumises à une surveillance renforcée », un engagement politique de haut niveau afin de collaborer avec le GAFI et le Groupe d’action financière des Caraïbes (GAFIC) pour renforcer l’efficacité de son dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT). Depuis lors, le GAFI indique que certaines mesures ont été prises, notamment l’achèvement de l’évaluation nationale des risques de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme, ainsi que la diffusion de ses conclusions.

Le GAFI souligne également que ces avancées ont été réalisées dans un contexte social, économique et sécuritaire particulièrement difficile. L’organisation reconnaît ainsi l’engagement politique exprimé au plus haut niveau et les efforts déployés par les autorités haïtiennes, tout en estimant que le pays doit poursuivre la mise en œuvre de son plan d’action pour remédier aux déficiences stratégiques qui subsistent.

Six priorités toujours au cœur des exigences du GAFI

Le GAFI identifie six principaux domaines dans lesquels Haïti doit encore progresser. Le premier concerne la mise en place d’une supervision LBC/FT fondée sur les risques pour les entreprises et professions non financières désignées (EPNFD) considérées comme présentant un risque élevé.

Le pays doit également garantir que les informations de base sur les entreprises et celles relatives à leurs bénéficiaires effectifs soient conservées et accessibles en temps utile. Cette exigence vise notamment à améliorer la transparence sur les personnes qui contrôlent réellement les sociétés et autres structures juridiques.

Le GAFI demande par ailleurs que les autorités haïtiennes démontrent leur capacité à identifier, enquêter et poursuivre les affaires de blanchiment de capitaux en fonction du profil de risque du pays. L’organisation attend également une augmentation de l’identification, de la localisation et du recouvrement des produits issus de crimes.

Deux autres chantiers concernent le régime de sanctions financières ciblées, dont certaines lacunes techniques doivent être corrigées, ainsi que le suivi fondé sur les risques des organisations à but non lucratif vulnérables aux abus liés au financement du terrorisme. Le GAFI insiste toutefois sur la nécessité de ne pas perturber ou décourager les activités légitimes des organisations concernées.

Liste grise ne signifie pas liste noire

L’inscription d’Haïti sur la liste grise doit être distinguée de la « liste noire » du GAFI. La liste noire concerne les juridictions présentant de graves déficiences stratégiques et faisant l’objet d’un appel à l’action. En juin 2026, elle comprenait la République populaire démocratique de Corée, l’Iran et le Myanmar. Haïti figure, pour sa part, parmi les juridictions soumises à une surveillance renforcée.

Selon le GAFI, une juridiction placée sous surveillance renforcée s’engage à résoudre rapidement les déficiences stratégiques identifiées dans les délais convenus et fait l’objet d’un suivi accru. Cette procédure vise donc à pousser les autorités nationales à mettre en œuvre les réformes nécessaires plutôt qu’à entraîner automatiquement des sanctions financières internationales.

Des conséquences potentielles pour le système financier haïtien

Le maintien sur la liste grise peut néanmoins compliquer l’environnement financier international du pays. Les banques et autres institutions financières étrangères peuvent, en fonction de leur propre analyse des risques, appliquer des contrôles supplémentaires aux transactions liées à Haïti. Cela peut se traduire par des procédures de conformité plus importantes, davantage de vérifications et potentiellement des délais ou des coûts supplémentaires pour certaines opérations internationales.

Le GAFI apporte cependant une précision importante : ses normes ne préconisent pas le « de-risking », c’est-à-dire l’exclusion automatique de catégories entières de clients ou de juridictions. Elles privilégient une approche fondée sur les risques. L’organisation demande également que les mesures prises n’interrompent ni ne découragent les flux destinés à l’aide humanitaire, aux activités légitimes des organisations à but non lucratif et aux transferts de fonds.

Un nouveau défi pour les autorités haïtiennes

Le constat du GAFI intervient alors que les autorités haïtiennes doivent encore démontrer des résultats concrets dans la lutte contre les flux financiers illicites. Au-delà de l’adoption de textes et de la mise en place de mécanismes institutionnels, l’organisation attend notamment des enquêtes, des poursuites et des récupérations d’avoirs davantage alignées sur les risques auxquels le pays est exposé. Sur ce point, Haïti accuse encore du retard, notamment dans un contexte où le système judiciaire fait face à de profondes difficultés. Des critiques persistent également concernant l’indépendance et l’efficacité de la justice, ainsi que le traitement des dossiers impliquant des personnalités influentes.

À titre d’exemple, le décret adopté par l’ancien Conseil présidentiel de transition (CPT), qui accorderait une protection à certains hauts fonctionnaires cités dans des affaires de corruption, continue de susciter des interrogations. À ce jour, ce décret n’aurait pas été abrogé par le gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.

Le GAFI note que Haïti continue de progresser dans la mise en œuvre de son plan d’action, mais que tous les délais sont désormais arrivés à expiration. L’organisation encourage donc les autorités à accélérer les réformes restantes afin de remédier aux déficiences stratégiques identifiées et, à terme, permettre au pays de sortir de la surveillance renforcée.

Pour Haïti, l’enjeu dépasse ainsi le seul classement international. Le renforcement du dispositif LBC/FT constitue également un levier pour améliorer la transparence du système financier, renforcer la traçabilité des capitaux et accroître la confiance des partenaires financiers internationaux.

NEXUS ACTUALITÉS

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